#43 Le saviez-vous ? Berlin
Destinations Le Corbusier promenades architecturales
Unité d’Habitation, Berlin, Allemagne, 1955-1958
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne est un pays détruit qui doit faire face à un besoin considérable de nouveaux logements. Ils seront initiés avec près de dix ans de retard sur la France. À Berlin-Ouest, ce ne sont pas moins de 500 000 logements qui sont à reconstruire.
Dans la lignée des grandes expositions internationales consacrées aux problèmes de l’urbanisme et du logement, l’Allemagne lance l’Interbau (qui ne se tiendra qu’en 1957), manifestation consacrée à la construction, à l’architecture et aux techniques expérimentales. Dès février 1955, le Sénat pour la construction et le logement convie Le Corbusier à participer à l’exposition — au même titre que Alvaar Aalto, Walter Gropius et Oscar Niemeyer — et à soumettre un projet pour le concours organisé à cette occasion. C’est la deuxième fois que Le Corbusier est invité à construire en Allemagne, près de trente ans après les Maisons de la Weissenhof-Siedlung à Stuttgart.
Le projet
Les premiers dessins sont esquissés à l’Atelier du 35 rue de Sèvres en mars 1956, et reprennent dans les grandes lignes les caractéristiques de la Cité Radieuse de Marseille. Comme à Marseille, l’Unité d’Habitation de Berlin doit être équipée de rues commerçantes et de services (boîte de dépôt d’ordonnances pharmaceutiques, halte-garderie, école). L’avant-projet prévoit également un parking souterrain.
En juillet 1956, le Baupolizei (la police du bâtiment) impose des normes constructives restrictives, portant la hauteur minimum des logements à 2,50 m sous plafond, quand Le Corbusier a fixé, selon les normes du Modulor, une hauteur de 2,26 m. Il s’agit de la première d’un grand nombre d’atteintes à l’intégrité du projet de Le Corbusier. De nombreuses modifications seront apportées, parmi lesquelles la suppression de l’escalier de secours extérieur, la double-hauteur, les équipements (commerces et services) ou encore le parking et surtout le toit terrasse (sans équipements et rendu inaccessible). Malgré les oppositions répétées de Le Corbusier, ces éléments pourtant si importants ne sont pas intégrés au programme final.
Le gros œuvre débute en janvier 1957 et le chantier est achevé onze mois plus tard. Il est à bien des égards exemplaires : études techniques rigoureuses, durée record des travaux, préfabrication en usine et sur place… En résulte une Unité d’Habitation en béton brut de décoffrage composée de 557 logements, culminant à 53 m de haut pour une largeur de 23 m et une longueur de 141 m. La polychromie des façades est différente de celles des autres Unités, elle obéit à un système de duos de couleurs superposées (jaune/rouge, violet/blanc, vert foncé/blanc) sur les murs séparant les loggias et à un autre système de binôme de couleurs séparées par une oblique (noir/bleu, rouge blanc…).
Les appartements sont desservis par des rues intérieures, au nombre de dix, auxquelles on accède par deux ascenseurs. Chaque pallier est équipé d’un garage à vélos. L’Unité comporte 173 appartements d’une pièce, 267 deux pièces en duplex, 85 trois pièces en duplex, 4 quatre pièces et 1 cinq pièces en duplex, tous équipés d’une loggia. Les habitants bénéficient aussi d’espaces communs : le foyer, la poste, les magasins du rez-de-chaussée et la laverie.
N’ayant pas la possibilité de s’occuper lui-même de l’ameublement ni de le déléguer à un collaborateur de la rue de Sèvres, Ingrid Dlugos, architecte d’intérieur à Berlin, est autorisée par Le Corbusier à meubler quelques appartements pour l’Exposition.
UH Berlin © FLC / ADAGP/ Thomas Rosenthal